Nouvelle étape dans le durcissement des autorités turques à l’égard des médias critiques. Ce mercredi 14 octobre, la police a investi le siège de Halk TV, principale chaîne privée d’opposition du pays, et placé en garde à vue onze de ses salariés.
Perquisition à l’aube et diffusion interrompue
La chaîne comme le parquet d’Istanbul ont annoncé l’opération en tout début de matinée. Selon Halk TV, la police est arrivée vers 5 h 30 (2 h 30 TU), a empêché les employés d’accéder aux locaux et un administrateur a été désigné pour prendre la direction de la chaîne. Le direct a été coupé. Son matériel a été saisi, ont rapporté ses équipes.
Ce que dit le parquet
Le bureau du procureur d’Istanbul indique que des mandats d’arrêt ont été lancés contre 17 personnes et que 11 ont été placées en garde à vue lors d’opérations simultanées. Elles s’inscrivent dans une enquête pour corruption, truquage d’appels d’offres et blanchiment d’argent. La gestion de la chaîne a été confiée au Fonds d’assurance des dépôts d’épargne (TMSF), un organisme public.
« Une chaîne assiégée »
La journaliste Gamze Altunay a décrit sur X une chaîne « officiellement assiégée », expliquant qu’elle ne pouvait plus entrer dans le bâtiment où elle travaille depuis cinq ans. Dans une vidéo diffusée par la chaîne, on voit le rédacteur en chef, Suat Toktas, tenter de convaincre l’administrateur de ne pas interrompre l’antenne, en jugeant l’opération illégale.
Des réactions vives
Le Syndicat des journalistes de Turquie dénonce un acte arbitraire qui frappe une fois de plus la liberté de la presse. Selon lui, 17 journalistes sont actuellement détenus dans le pays. Le défenseur de la liberté de la presse Erol Önderoglu, cité par l’AFP, y voit la poursuite d’un mouvement qui, après la mise sous administrateur de Tele 1, menace l’existence même d’un journalisme indépendant. Le chef du principal parti d’opposition, Özgür Özel, a pour sa part comparé ce type d’intervention à des méthodes de dictateurs.
Un climat de pression généralisée
Cette prise de contrôle intervient deux semaines après le blocage de T24, l’un des principaux sites d’information indépendants du pays, accusé de « propagande LGBT ». La campagne touche aussi les milieux politiques, avec de nombreuses arrestations d’élus de l’opposition, et les milieux associatifs : mi-septembre, la police a investi les sièges d’organisations LGBT, bloqué leurs comptes sur les réseaux sociaux et placé en détention un grand nombre de personnes pour divers chefs d’accusation.
Les journalistes et médias d’opposition sont régulièrement poursuivis en Turquie pour des infractions présumées allant de la diffamation à l’insulte au président Recep Tayyip Erdogan, en passant par la corruption ou la diffusion de fausses informations.


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