Inondations à Dakar : une universitaire incrimine l’exode rural et l’urbanisation mal maîtrisée

La récurrence des inondations à Dakar s’explique en partie par le poids démographique de la capitale, accéléré par un exode rural associé à un mauvais aménagement du territoire. C’est l’analyse d’Aminata Baldé, enseignante-chercheuse à l’université Gaston Berger de Saint-Louis, dans une contribution transmise à l’APS.

Elle s’appuie sur les chiffres du dernier recensement (RGPH-5) : la région de Dakar abrite 22 % de la population du pays sur seulement 0,28 % du territoire, soit environ 7 277 habitants au km², contre une moyenne nationale d’environ 92. Cette concentration est aussi économique, puisque la capitale capte 46 % de la richesse nationale, grâce aux grandes institutions, au Port autonome de Dakar et à la majorité des emplois formels.

Pour l’universitaire, tant que l’exode rural vers Dakar se poursuivra à ce rythme, les mesures d’urgence comme les pompages ou les digues temporaires seront dépassées. Elle plaide donc pour retenir les populations dans leurs terroirs : multiplier les structures sanitaires, scolaires et universitaires de qualité, garantir une électricité fiable, l’internet et un bon réseau routier, et délocaliser certaines directions générales et agences dans les capitales régionales. Elle salue l’orientation de l’Agenda Sénégal 2050, qui propose un développement à partir des territoires, et souhaite que l’Acte IV de la décentralisation donne aux pôles territoriaux les moyens de devenir des bassins d’industrialisation et d’emplois.

Aminata Baldé reconnaît les efforts de l’État : Programme décennal de gestion des inondations (2012-2022), Plan ORSEC, opérations pré-hivernales, ouvrages de drainage. À Keur Massar Sud, des habitants disent que l’hivernage ne provoque plus la même panique qu’en 2020, grâce aux canaux réalisés. Mais selon elle, le problème se déplace plus qu’il ne disparaît : en octobre 2025, des dizaines d’écoles de Pikine, Guédiawaye et Keur Massar étaient encore sous les eaux à la rentrée, et l’épicentre des inondations a glissé de Pikine, mieux drainé, vers Keur Massar, marqué par l’occupation anarchique de l’espace. De nouveaux quartiers continuent de se construire dans les zones basses, les cuvettes et les anciens lits de marigots, de sorte que chaque ouvrage livré est rattrapé par une urbanisation plus rapide que lui.

Elle ajoute le changement climatique parmi les facteurs : après la longue sécheresse des années 1970 et 1980, les pluies reviennent au Sahel sous forme d’averses brutales, comme les plus de 100 millimètres enregistrés en quelques heures dans certains endroits de Dakar le 4 octobre. S’y ajoutent la remontée de la nappe phréatique dans les Niayes, l’élévation du niveau de la mer et l’érosion côtière.