Kader Gadji: « On a détruit ma sœur, puis on est venu pleurer sa mort »

Invité du podcast Afropod, porté par le média Afrofeeling, l’acteur sénégalais Kader Gadji s’est livré sans filtre sur le deuil de sa sœur, la comédienne Halima Gadji, décédée fin janvier 2026 d’un malaise survenu quelques instants seulement après un dernier appel téléphonique entre eux. Loin de l’image lisse habituellement associée aux stars du petit écran ouest-africain, l’entretien prend rapidement des allures de confession : sur la célébrité, sur l’hypocrisie du milieu, sur la foi, et sur une sœur qu’il refuse de voir réduite à un fait divers.

Une complicité forgée dès l’enfance

Nés à Dakar d’une mère maroco-algérienne et d’un père sénégalais, Kader et Halima Gadji ont grandi très proches l’un de l’autre avant de se retrouver, des années plus tard, à jouer frère et sœur à l’écran dans la série à succès Maîtresse d’un homme marié. Mais cette complicité s’est construite très tôt, dans l’ombre des difficultés scolaires de Halima, marquée enfant par un bégaiement et une dyslexie qui lui ont valu d’être rejetée à plusieurs reprises avant même de percer comme actrice. Kader raconte comment cette période a soudé les deux enfants et a fait naître, chez lui, un rôle de protecteur qu’il n’a jamais vraiment quitté jusqu’à envisager aujourd’hui un court-métrage inspiré du parcours de sa sœur, pour sensibiliser le public aux violences vécues durant l’enfance et à la santé mentale.

« C’est la célébrité qui a tué ma sœur »

Le passage le plus dur de l’interview concerne le harcèlement en ligne. Kader Gadji y dénonce une société qui méconnaît encore largement les maladies mentales et qui a laissé sa sœur, longtemps qualifiée de « folle » sur les réseaux, s’enfoncer seule dans la dépression. Il prend soin de distinguer célébrité et richesse : la seconde ne le dérange pas, la première, en revanche, il dit ne jamais l’avoir recherchée, précisément parce qu’il a vu de près ce qu’elle peut coûter. Le plus dur à encaisser, confie-t-il, ce sont ces mêmes personnes qu’il accuse d’avoir contribué à détruire sa sœur et qui, après sa mort, ont publié des hommages larmoyants une hypocrisie qu’il ne dit pas vouloir pardonner facilement.

Le milieu du cinéma, entre ambition et lucidité

Interrogé sur ce qu’il aime le moins dans son métier, Kader Gadji pointe sans détour le manque d’authenticité de certains de ses pairs, tout en reconnaissant volontiers son propre tempérament, qu’il qualifie lui-même de susceptible et de loyal jusqu’à la rupture nette dès qu’une trahison survient. Au-delà de cette franchise sur les rapports humains du showbiz, l’acteur porte une véritable ambition pour le septième art sénégalais : le voir se structurer davantage production, formation, diffusion pour s’exporter au-delà du continent, avec l’espoir, à terme, de porter des talents locaux jusque sur les scènes internationales.

La foi comme réponse au deuil

C’est sans doute le passage le plus intime de l’échange. Kader Gadji explique comment la disparition de sa sœur a profondément renforcé sa foi, et changé sa manière de considérer les autres. Il revient sur la toute dernière conversation partagée avec Halima, qui lui confiait alors son amertume envers une amie proche l’ayant délaissée malgré tout le soutien qu’elle lui avait apporté cette même amie s’étant ensuite effondrée en larmes à l’hôpital, une fois la nouvelle de sa mort connue. De cet épisode, il tire une leçon qu’il érige presque en philosophie de vie : ne jamais se fier à ce qu’une personne montre en surface, et ne plus chercher, lui non plus, à plaire à tout prix.

À travers cet entretien, Kader Gadji ne livre pas seulement un hommage à sa sœur : il pose, avec une rare franchise, les termes d’un débat que le milieu artistique sénégalais et au-delà peine encore à affronter, celui de la santé mentale et du prix humain de la célébrité.