Dans le cinéma sénégalais et africain, son nom est devenu une référence incontournable. Actrice principale, mais aussi réalisatrice, scénariste et productrice, Fatou Jupiter Touré a façonné sa place dans le 7e art à force de travail, de polyvalence et d’une conviction chevillée au corps : le cinéma peut et doit être un levier de transformation sociale.
Rien ne la prédestinait pourtant à cette trajectoire. Enfant, elle rêvait de présenter le journal télévisé. C’est à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, entraînée par une amie à l’Atelier de Recherches et de Pratiques Théâtrales Isseu Niang, que tout a basculé. Deux ans plus tard, elle intègre Forut Média Centre. Sa licence en anglais en poche, elle se forme au Théâtre national Daniel Sorano aux côtés de figures tutélaires, puis part se perfectionner en France et au Brésil. Assistante de production, ingénieure du son, productrice exécutive : chaque compétence acquise façonne une artiste complète, capable de maîtriser le cinéma de l’intérieur.
Le grand public sénégalais et africain la découvre en 2015 dans le rôle d’Assitan, sage-femme déterminée dans la série « C’est la vie » de Marguerite Abouet. Des millions de foyers à travers le continent suivent ses aventures. Elle prend alors la mesure du pouvoir de son art : certaines jeunes spectatrices s’orientent vers des carrières médicales, d’autres assument leurs cheveux naturels. Cette série, c’est l’acte fondateur de sa conscience militante. Sa filmographie ne cesse de s’enrichir depuis : Léna Gaye dans Golden, Fatima dans la série ghanéenne Yelo Pèppe, et Zahra Fall dans Key&Za, une série qu’elle a elle-même créée. En 2022, le FESTICAB au Burundi lui décerne le prix de la meilleure actrice pour le film « Que le père soit » de Clarence T. Delgado.
Au-delà du jeu, Fatou Jupiter Touré entreprend. Elle fonde les Teranga Movies Awards, un festival qui professionnalise le secteur audiovisuel, forme les talents, récompense les meilleures œuvres et met à l’honneur un pays africain différent à chaque édition. La cinquième édition se prépare déjà. Parallèlement, elle lance « Penda Naar », une marque lifestyle qui puise dans ses héritages sénégalais, malien et ivoirien pour proposer senteurs, linge de maison et accessoires revisités.
Ambassadrice d’ONU Femmes depuis plusieurs années, elle répète le même message sur tous les podiums : les femmes ont encore beaucoup de places à prendre, à chaque échelon de décision dans les industries culturelles. Son ambition est de rendre l’entrepreneuriat féminin plus simple et plus visible, à travers le cinéma, l’art et l’éducation.

Leave a Comment